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Après un long sommeil... [Ft. Reo Euston]

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Louis Backerman
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Lun 14 Aoû - 20:55




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Reo Euston

Après un long sommeil...

Bip.

J’ai la tête lourde. J’essaye d’ouvrir les yeux. Impossible. Je ne peux rien faire. Je ne peux pas bouger, je ne peux pas parler. Je suis à peine conscient. Je ne ressens rien. Aucune sensation. Je ne comprends pas. Je n’arrive presque pas à respirer, comme si un poids était posé sur ma poitrine et me serrait le diaphragme. Pourtant, chaque bouffée d’air qui arrive dans mes poumons me procure un bien fou, malgré ma difficulté constante à inspirer. J’ai l’impression de me sentir vivant. Je n’ai aucun souvenir de ce qui s’est passé. Que du noir. Et j’ai la tête tellement lourde. J’ai bien envie de replonger dans l’inconscience. Je suis fatigué. Extrêmement fatigué. Pourquoi suis-je aussi fatigué ? Où suis-je ? Qu’est-il arrivé ?

Bip.

J’arrive à serrer la main. Je sens se froisser du tissu entre mes doigts. Je suis allongé dans un lit, la tête légèrement surélevée, un drap s’arrêtant au niveau de mes aisselles. J’ai la gorge sèche. J’ai soif, beaucoup trop soif. Je veux boire. Ma respiration s’améliore légèrement, mais je ressens toujours une gêne dans ma poitrine. Chaque inspiration lance une douleur sourde, qui s’étend alors jusqu’à mes épaules ou même mon cou. Ce n’est pas si douloureux. Juste très gênant. J’arrive à bouger mes doigts, mais mes jambes restent définitivement immobiles. Je déteste me sentir aussi faible.

Bip.

Qu’est-ce que c’est ? Ce bruit ? D’où vient-il ? J’ai l’impression de l’entendre depuis maintenant quelques temps. Combien exactement ? Je n’en sais rien. Longtemps. Quelque chose me chatouille le nez. Je voudrais bien l’enlever, mais mes bras refusent de m’obéir, et restent cloués sur le matelas. Le creux de mon coude me gratte, me tire, me gêne également. Ce sont des aiguilles. Je veux les retirer. Pourquoi donc je ne peux pas bouger ? Une pince me serre l’auriculaire. C’est désagréable. D’autres aiguilles s’enfoncent dans mon poignet. Je sais enfin où je me trouve. Mais pourquoi diable suis-je ici ? Je n’aime pas être là. Je veux partir. Je veux partir.

Bip.

J’ouvre enfin les yeux. Tout est flou et blanc. Trop blanc. La lumière me brûle la rétine, si bien que je referme les paupières immédiatement après les avoir ouvertes. L’odeur typique de désinfectant m’agresse le nez. Pourtant, je me retiens d’éternuer. Je sais parfaitement que la douleur à ma poitrine ne serait qu’empirée, ce que je souhaite le moins du monde. J’ouvre à nouveau les yeux, les laisse s’habituer à la lumière trop forte de la chambre. Mon regard fait enfin la mise au point. Effectivement, tout est blanc plâtre. Le plafond, les murs, le lit, le drap, les rideaux. Tout. J’aurais même préféré une odeur de plâtre à celle du désinfectant. Quoique je me serais plus inquiété.
Je tourne difficilement la tête, en sentant craquer mon cou douloureusement, comme si je ne l’avais pas bougé depuis des semaines. Mon regard se pose sur la fenêtre, à travers laquelle je n’arrive pas à déduire l’heure de la journée. Mon cerveau fonctionne au ralenti, tout comme mon corps. Autour de moi se trouvent des machines. Des tas de machines. Je repère enfin l’électrocardiogramme, qui émet des bips à intervalles réguliers, en même temps que se dressent des pointes sur son écran. Quatre-vingts battements par minute. En temps normal, je tourne autour des soixante-dix. Mon médecin m’avait demandé de mesurer régulièrement, lorsqu’il s’est rendu compte que j’étais devenu asthmatique. D’ailleurs, est-ce que je le suis vraiment ? Ses médicaments n’ont jamais rien changé.
J’ai toujours la gorge et la bouche sèches. Depuis combien de temps suis-je ici ? J’ai soif. Je cherche de l’eau autour de moi, mais je ne trouve que des appareils de mesure. Les aiguilles qui partent de mon coude mènent toutes à des poches remplies. Elles ont dû être changées récemment. Je n’arrive pas à lire ce qui est écrit dessus. Mes yeux font des leurs, et je vois encore légèrement flou de loin. Mes paupières restent malgré tout très lourdes. Je sens que je risque de replonger à tout instant. J’ai l’impression d’être lent, beaucoup trop faible. Qu’est-ce qu’ils m’injectent ? Qu’est-ce qui s’est passé ? J’ai soif. Je continue à promener mon regard faiblement dans la chambre. Je ne reconnais rien, je ne vois aucune de mes affaires, pas même une paire de chaussures. Il n’y a que deux chaises, une table, mon lit, moi. Et toutes ces machines.
Je veux bouger. Encore. Je n’aime pas être immobile. Mais c’est impossible. Seuls mes doigts et mon cou décident de m’obéir. Le reste de mon corps est encore comme endormi. Mes jambes sont lourdes, le poids sur ma poitrine est toujours présent, et ma tête pulse légèrement sous mes cheveux. Je voudrais me redresser, également. Mais je sais bien que, dans mon état, ce sera pire que de courir un marathon. Je sers le poing dans le drap qui me recouvre. Je dois être bien pathétique.

Bip.

Je remarque enfin quelqu’un. Depuis combien de temps est-il ici ? Je le vois flou, également. Son air et sa posture me disent vaguement quelque chose, mais je n’arrive pas à replacer cet homme dans mon esprit. Tout est flou, même dans ma tête. Je vois juste qu’il est grand, qu’il a les cheveux noirs. Et qu’il porte une longue blouse blanche. J’essaye de m’humecter les lèvres, mais j’ai la bouche bien trop sèche. Je me mets donc à parler avec une voix complètement déraillée.

« Excusez-moi… Est-ce que je pourrais avoir de l’eau, s’il vous plait ? Je meurs de soif.»

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Reo Euston
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Lun 21 Aoû - 19:03

Ce garçon. Grand, environ un mètre quatre-vingt. Une musculature chimérique. Des traits élancés. Un menton en triangle inversé. Un nez retroussé. Des cheveux auburn encadrant un visage au teint blafard, familier. Reo tenta d'habiller son patient avant l'opération, d'une blouse blanche ornée de petites fleurs d'une teinte bleue céleste. Le jeune homme était si maigre que ses longs doigts pouvaient transpercer ses côtes faméliques. Avec dextérité, l'infirmier put extraire ses vêtements larges, pour les déposer soigneusement sur une chaise jalonnant un embranchement qui menait au bloc opératoire. S'il s'était chargé de l'anesthésie en salle de préparation, il n'imaginait pas que les doses prescrites ait un effet si radical sur le garçon. Pourtant, Reo s'était, comme à l'accoutumé, montré minutieux quant à la lecture du protocole de pré-anesthésie remplit par le chirurgien lui-même. Étant donné que le patient était admis dans un état second, et même si l'infirmier l'avait à moitié réveiller, pour tenter de prendre des informations complémentaires, ce premier avait articuler des fragments de mots combinés à d'autres dans un ensemble hébété avant de retomber, presque inerte sur le côté.

Autour de lui, les médecins se catalysaient dans des mouvements diligents, tandis que Reo s'appliquait à sortir les boîtes d'instruments stériles, le matériel d'opération, nouer la blouse des intervenants, brancher les machines, et installer le patient, à l'aide d'un autre infirmier, sur la table d'opération, dans une position à la fois confortable pour les chirurgiens, mais aussi dans l'axe des appareils. Le moniteur cardiaque en marche. Le saturomètre permettant de mesurer l'oxygène dans le sang, en place, ainsi qu'un soluté intraveineux en action. Son collègue nicha un tube dans la gorge du patient, sonde choisit par les médecins, pendant que Reo positionna à son tour, une sonde urinaire.

Prenant place sur un tabouret, mains gantés encadrant les épaules du patient, le Haut-perché s'affaira à sa surveillance. De son juchoir, il peut assister à toute l'opération. L'ouverture du sternum se déroula sans encombre, les chirurgiens avaient désormais accès au cœur et l'homme sous les couvertures stériles était stable. Son cœur s'arrêta temporairement et son collègue relia un appareil de respiration artificiel. Reo plongea un œil avisa ses réactions. Rien à signaler. Enfin, viens l'action de résection du segment de l'aorte défectueuse. Avec dextérité, les hommes en verts la remplacèrent par un tube prothétique de textile synthétique. Ils ne touchèrent pas à la valve, qui elle, était saine. C'est là que l'intervention se compliqua. Hémorragie interne. Le bloc grouilla comme une fourmilière sous les assauts d'un coup de pied. Une compression d'organe était trop risqué. À mesure que les muqueuses se décoloraient, l'assistance respiratoire se mit à vibrer, à sonner, dans un fracas suraiguë. Reo obéissait aux ordres, placide mais rapide. La machine beugla dans des déraillements de hertz, puis, le néant. Plus de peur que de mal.

Bientôt, les intervenants fermèrent le sternum de points de sutures d'acier en forme de croix après avoir réajusté les deux bords des os dans un arrangement exact. Doucement, un autre infirmier qui immergea en blouse dans l'enceinte déplaça un lit sur roulette près des flancs de la table d'opération et aida Reo à glisser le patient à l'intérieur. Fermant les barreaux de sécurité, on lui tendit également, la fiche remplit, qu'il glissa sous l'un de ses bras. Se dirigeant en salle de réveil avec le brancard, il suivi un labyrinthe de couloir aux allures monotonement nacrées, fuyant les bruits environnants, le pas éthéré.

La pièce dans laquelle il installa le lit était lumineuse avec une fenêtre unie trônant au milieu du mur blanc. Une bande de peinture verte impériale sur un pan venait taire la clarté du bloc pour y apporter une note chaleureuse. Délogeant le document de sous son coude, Reo fit coulisser ses mirettes curieuses sur son ensemble pour y découvrir son nom. Louis. Louis Backerman. Il connaissait ce garçon. Rapidement, l'infirmier fit le lien. Ses souvenirs remplacèrent le papier devant ses yeux, qui s'estompa à mesure que sa vision se précisa et le positionna, en spectateur, dans la cour du lycée. Sous un épicéa, l'homme aux cheveux auburn bouquinait. Il était le genre d'adolescent calme, plutôt poltron et pusillanime. Ces traits de caractère, pourtant adorable à ses yeux, étaient également source de conflit chez les petits acariâtres. Ce jour-là, un matin de printemps, un groupe de garçon s'en était pris à Louis. Les uns le bousculèrent, tandis que le chef de la bande lui arracha des mains son ouvrage, n'omettant pas de se moquer ouvertement de ses choix littéraires, lisant d'une voix sur-jouée des passages du bouquin. N'écoutant que son courage, Reo s'était promptement redressé, alors qu'il était attablé sur une table de pique-nique à proximité. En compagnie de sa propre bande, l'adolescent n'avait pas vu son poing valser, pour créer une crevasse sur l'arrête nez du môme. Une doucereuse ironie pour un garçon pacifique prônant l'équité et la justice.

Soudain, alors que son esprit finissait de lire les brides du passé, Louis remua sous ses couvertures. Attentif, l'infirmier s'approcha du patient. Il lui semblait l'avoir vu remuer les lèvres pour tenter vainement de s'exprimer. Sa voix rauque se perdait dans la pièce insonorisée, si bien que le chevelu dût deviner sa requête. Ce ne fut pas une tâche difficile de reconstituer la phrase, quand les deux seuls mots qu'il était parvenu à capter étaient soif et eau. Pivotant les talons après avoir acquiescé d'un signe de tête, il réapparut ensuite, un verre d'eau à la main. Déposant le gobelet sur une tablette parenté au lit d'accueil, Reo redressa la manivelle afin de faire adopter à Louis, une position confortable pour se désaltérer sans l'étouffer. Ils l'avaient déjà perdu à moitié sur la table d'opération, ce serait un comble que de le condamner à cause d'une action aussi oiseuse que de boire.

- Comment vous sentez-vous ?

S'enquit-il après l'avoir assisté avec son affaire de verre d'eau. Il se pinça les lèvres. En réalité, son cœur, doux coton suave, murmurait une attente accessible. Celle d'identifier Louis au stade du garçon qu'il avait protégé. Mais sa raison lui dictait que pour des raisons professionnelles, il ne pouvait entretenir une relation cordiale, autre que celle de la frontière qui le liait au médical. Les éléments d'antipodes entrèrent en contact pour former une boule d'énergie qui explosa à force de condensation. Son timbre léger murmura alors, tandis que ses joues empourprèrent de honte :

- Louis ? Tu... tu te souviens de moi ?

Trop tard, il ne pourrait récupérer ses paroles. S'enfonçant dans ses épaules, il tritura le bout de la couverture et fit mine de se concentrer sur les appareils autour de lui. Nerveux, le Haut-perché se blâma d'avoir cru qu'un type qui était admis pour une rupture d'anévrisme de l'aorte thoracique ascendante, sois en mesure de répondre comme si rien ne s'était déroulé. Alors qu'ils avaient faillit le perdre, Reo avait préféré utiliser sa prétention, celle d'avoir pu être un salvateur, plutôt que de le rassurer. Un super infirmier.

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Louis Backerman
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Ven 25 Aoû - 18:22




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Reo Euston

Après un long sommeil...

« Excusez-moi… Est-ce que je pourrais avoir de l’eau, s’il vous plait ? Je meurs de soif. »

L’homme en blouse blanche acquiesce, puis se retourne quelques secondes avant de revenir vers moi, un gobelet en plastique rempli d’eau dans l’une de ses mains. Il le pose sur la table de lit, en face de moi. Je fixe le verre d’un œil avide, envieux. Je tente vainement de me redresser, en tendant la main afin de le saisir. Mais mon corps décide une nouvelle fois de ne pas m’obéir. Je retombe lourdement sur le matelas en étouffant une légère exclamation de douleur. Lamentable… C’est ainsi que, les joues rouges de honte, je me vois obligé d’attendre que l’infirmier me redresse dans une position presqu’assise afin de m’aider à boire.
Pourtant, c’est avec empressement que je gloutonne le contenu du verre, une fois que celui-ci fut placé sous mon nez. Je sens l’eau fraiche courir doucement le long de mon œsophage puis atterrir dans mon estomac. Je crois n’avoir jamais rien bu d’aussi bon. Pourtant, ce n’est que de l’eau. Peu à peu, ma soif s’estompe tandis que mes esprits me reviennent enfin. Une fois le gobelet fini, je me replace sur le matelas en poussant un long soupire de satisfaction. Mes membres décident de, plus ou moins, réagir à nouveau, alors que je peux enfin parler normalement, sans avoir la gorge sèche et une voix déraillée bien trop rauque. Je me sens en vie.
En vie… Je me souviens soudainement de ce rêve étrange, durant lequel on me disait que j’étais mort. Mais pourtant, je suis bien là, et vivant qui plus est. Je ne me suis jamais souvenu d’un rêve avec autant de lucidité. Je m’en rappelle jusque dans les moindres détails, de la pièce totalement blanche à ce personnage déconcertant, avec lequel je n’ai échangé que quelques mots. Mais après tout, ce n’est qu’un rêve, j’aurais vite-fait de l’oublier.

« Comment vous sentez-vous ? »

L’infirmier me sort de mes pensées. Il se penche lentement vers moi, comme pour vérifier mon état général. C’est à ce moment que je m’en rends enfin compte. Je le connais ce jeune homme.
Nous nous sommes rencontrés à la fac, alors que je lisais tranquillement l’un de mes livres de cours sous un arbre, sans ennuyer personne. C’était le dernier numéro, publié et traduit en anglais, du Ver Sacrum, la revue de Sécession Viennoise, datant de la fin de l’année 1903. Elle est essentielle pour pouvoir suivre mes cours tranquillement. Mais visiblement, je devais quand même en déranger certains. Un chef de groupe, potentiellement idiot, m’a arraché mon livre des mains, afin de s’en moquer. Bien sûr, les quelques passages en allemand ont dû bien le faire rire, étant donné qu’il s’est mis à les lire avec un accent plus qu’exécrable, en butant au moindre eszett. Ce jour-là, j’ai préféré laisser couler cette affaire. J’évitais les ennuis comme la peste, et ils allaient sûrement arrêter à un moment donné. On ne peut pas emmerder les autres toute sa vie.
Mais ce ne fut sûrement pas de l’avis de ce jeune homme, qui est venu lui coller un poing en plein visage. Il faut dire que je fus surpris. Comme si je pouvais m’attendre qu’une bagarre se déclenche sous mes yeux. Le jeune homme en question était plus grand que moi, chose peu commune, mais pas rare non plus. Avec ses cheveux lisses d’un noir de jais lui tombant au menton et ses yeux vert pâle, c’était difficile de ne pas le remarquer. C’était un garçon assez populaire que je connaissais de vue, comme beaucoup de monde. Nous partagions certains cours, notamment ceux de langue et d’histoire. En revanche, je ne lui avais jamais parlé jusqu’à ce jour. J’ignorais même qu’il était infirmier.
J’essaye vaguement de lui articuler un sourire, mais il doit être tout aussi lamentable que mon état global. Je préfère donc arrêter avant de déclencher un malaise entre nous-deux.

« Mieux. Merci pour le verre d’eau… »

Je pointe le gobelet désormais vide, trônant sur la table de lit. Mais, en regardant à nouveau l’infirmier, je le vois s’empourprer légèrement en baissant les yeux vers le matelas. Il triture un bout de couette, comme pour s’occuper les mains. Puis, je l’entends bredouiller.

« Louis ? Tu… Tu te souviens de moi ? »

Drôle de question. On a peur que je sois devenu amnésique ? Non… Si c’était vraiment le cas, on m’aurait demandé mon prénom en premier lieu, pas celui d’un mec que je connais finalement à peine. Parce que, oui, je le connais à peine, finalement. Nous nous sommes à peine parlés, après son intervention, ce jour-là. J’ai soudainement honte de ne pas être plus allé vers lui dans les jours qui ont suivi. Je me sens rougir. Encore une fois. Mais ma couleur de joue ne vaut pas celle de l’infirmier, qui s’est enfermé dans le mutisme après sa question. Il fait mine de regarder autour de nous, en fixant intensément les appareils de mesure. En clair, il regarde partout, sauf vers moi.

« Bien sûr, Léo. Comment t’oublier ? »

En vérité, ce jeune homme s’appelle Reo. Mais mon fichu accent américain et moi n’avons jamais réussi à prononcer correctement son prénom. Un comble pour moi, qui m’échine à répéter à qui veut l’entendre que mon prénom se prononce à la française, à non pas à l’anglaise. Lou-is. Avec un –s muet. Dans tous les cas, en remarquant le mal évident que j’avais à articuler son nom, il m’a proposé d’utiliser son surnom, bien plus pratique pour mon palais d’anglophone. Surnom que j’ai immédiatement adopté.
J’essaye de lancer un petit rire pour détendre l’atmosphère mais j’ai l’impression de me briser une côte. Mon début de rire se transforme donc en une violente toux. C’est alors que je remarque que j’ai toujours ce poids à la poitrine, qui me gêne tant pour respirer que pour parler. C’est également à cet instant que je me souviens que je suis extrêmement fatigué, et que je ne sais toujours pas ce que je fais ici.

« Léo… Il s’est passé quoi ? Pourquoi je suis là ? »

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Reo Euston
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Jeu 31 Aoû - 19:31

Son cœur palpita dans sa poitrine dans un fracas insonore. La réponse n'immergea pas. Elle sembla survoler les vagues, gagnant du temps afin de pouvoir l'identifier sans se noyer. Il apprécie. Il apprécie cet égard. En réalité, sa question était plutôt rhétorique. Qui se permettrait d'estomper de sa mémoire, un salutaire dans une spirale aussi sardonique que la vie adolescente ? Un point soulevé par son interlocuteur, qui eut la gentillesse de ne pas souligner le manque de lucidité de son interrogation. En plus d'avoir murmuré un compliment, Louis semblait peser soigneusement ses mots. Son petit accent anglophone lui redonna le sourire. Les garçons qui butaient sur la première lettre de son prénom le faisait toujours craquer. Puis, soudain, au doux bruissement de sa voix instable, un autre souvenir fit surface.

Les deux jeunes garçons avaient participé à de nombreux cours de langue et d'histoire ensemble. Cependant, ils ne s'étaient jamais adressés la parole. Le fil rouge du destin n'avait pas noué le duo sur le même sillon lors des travaux groupés ou encore sur le plan de classe. Il lui arrivait toutefois, d'adresser un signe de main en direction du garçon aux cheveux auburn quand il le croisait dans les couloirs ou au pied de l'encadrement de la porte menant à la salle de cours. Poli et courtois, Reo n'aimait pas les gens à l'antipode de ses principes et essayait toujours d'intégrer les autres ou de leur apporter sa compagnie dans le cas où ils seraient démunit de tous moyens humains. Étant un garçon populaire, Reo était l'étudiant déjà accaparé par les petits rapias, avides de bonnes notes, car, en plus d'être estimé, l'adolescent était également l'un des plus hauts dans le classement scolaire. "L'accomplissement dans les deux lettres et les bras" telle était sa devise. Une philosophie de vie qui avait su le hisser au point culminant de ses capacités. Mais en cours, Louis incarnait, à ses yeux, l'indépendance. Malgré une timidité clairvoyante, son camarade ne semblait en aucun cas vulnérable.

Sauf jusqu'à ce jour.

Il avait su conserver un semblant de fierté lors de son altercation avec les dernières années. Mais, aujourd'hui, le jeune Américain abdiqua tout ce qui faisait de lui un garçon captivant. Ses yeux étaient vitreux, son front en sueur, ses mains tremblantes et son charmant rire, qui remplit la pièce, dériva à une violence quinte de toux. Vif, Léo pencha doucettement le malheureux en tapotant derrière son dos, adoptant des gestes succincts et réguliers. Le garçon aux cheveux de jais ressentait une matière noire de douleur, comme si son patient avait été témoin, voir acteur, d'une scène digne d'un cauchemar. Son état de santé n'avait aucune corrélation avec sa lourde opération. L'infirmier avait affaire à quelque chose de bien plus sombre et d'inconnu. Et, de manière à lui donner raison, son interlocuteur, s'enquit, soucieux, sur les événements drastiques de l'inversion.

Il lui était légitime d'être tenu au courant. Le Haut-perché se pinça imperceptiblement la lèvre inférieure. Cherchant promptement ses mots, afin que Louis ne se doute pas qu'il essayait, lui aussi de gagner du temps. Il s'écarta de ses flancs et lui attrapa la main. Ses douces pupilles se dilatèrent à mesure qu'il exposa les raisons de son admission, tandis que sa voix récita le discours du médecin, telle une berceuse lyrique :

- Tout va bien Louis. Tu as fait une rupture d'anévrisme de l'aorte thoracique ascendante. C'est au niveau du cœur. On a juste remplacer le membre par une prothèse en textile synthétique. C'est vrai que ton opération est très lourde à porter, mais tu t'es merveilleusement bien tiré. Je n'avais encore jamais vu quelqu'un d'aussi courageux.

Arborant un visage agréable, son bippeur grinça l'instant d'après, à en faire fuser l'intégralité du bâtiment et rapidement, il pris connaissance des lignes numériques inscrites sur l'écran. Louis avait désormais une chambre de prête. Débloquant le loquet de sécurité qui maintenait le lit d'hôpital, Reo le fit rouler jusqu'au pied de la porte, puis, déclara :

- Je vais t'amener dans ton nouvel espace mon chou. Ce n'est pas une chambre individuelle, mais pour le moment, tu seras tout seul, ça ne te gêne pas j'espère ?

Coulissant entre les embranchements, Reo s'inséra telle une anguille dans un ascenseur assez large puis y passer le brancard, puis, appuya sur l'étage trois. La sensation attractive de l'appareil lacera ses perceptions. Régulièrement, les malades ne supportaient pas le sentiment de déséquilibre, pourtant, l'infirmier se complaisait à goûter au danger. Un risque bénin, puisque le taux d'accidents n'est qu'à peine d'un pourcent. En posant ses mirettes de jades sur les boutons, il remarqua que le chiffre quatre était présent, au même titre que les autres. Il clignotait, comme pour annoncer un mauvais présage.

- Je n'aime pas cette unité.

Certifia t-il en pointant du doigt le carré dont les bords scintillaient d'une lumière bleue vive. N'étant pas très suspicieux, il se surprit lui-même à annoncer ses peurs à un inconnu. Le Haut-perché entretenait des relations trop amicales envers ses patients. Mais, pouvait-on vraiment empêcher à un oiseau de chanter ? Voulant justifier ses choix tout en y apportant sa culture, il compléta :

- Au Japon, ça se prononce comme mort. Et le chiffre neuf, comme souffrir. Tu n'as pas de chance, ta chambre est la 49. Mais je suppose que ses éléments doivent être anodins pour toi. Il y a aussi des superstitions particulières en Amérique ?

Curieux, il se pencha sur l'encadrement du lit à roulette, tout en le manipulant de la seule force de ses jambes jusqu'à destination. Une oreille attentive et une expression guillerette, Reo était véritablement un bienveillant autocrate dans l'art de la communication.

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Louis Backerman
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Lun 4 Sep - 15:52




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Reo Euston

Après un long sommeil...

« Léo… Il s’est passé quoi ? Pourquoi je suis là ? »

La réponse se fait attendre. Vu mon état, je me doute fortement que je ne suis pas là à cause d’une simple cheville foulée. Mais voir Reo chercher ses mots m’inquiète encore un peu plus qu’en au pourquoi de ma présence à l’hôpital et de tous ces appareils auxquels je suis relié. Ce dernier m’a redressé encore un peu plus après ma crise de toux afin de m’aider à me calmer, en m’administrant de légère tapes dans le dos. Mais je me suis rapidement retrouvé allongé à nouveau, tandis que Reo me saisit la main avant de parler, dans un geste bienveillant. J’ai toujours eu un grand respect pour les infirmiers compatissant à l’égard de leurs patients, mais voir cette attitude appliquée à moi-même m’angoisse toujours plus.

« Tout va bien Louis. Tu as fait une rupture d'anévrisme de l'aorte thoracique ascendante. C'est au niveau du cœur. On a juste remplacé le membre par une prothèse en textile synthétique. C'est vrai que ton opération est très lourde à porter, mais tu t'es merveilleusement bien tiré. Je n'avais encore jamais vu quelqu'un d'aussi courageux. »

Au fur et à mesure que j’entends Reo répondre à ma question, je sens mon visage se décomposer. Une rupture d’anévrisme… Ce n’est pas mortel, ce truc-là ? Tout d’un coup, le rêve que j’ai fait avant mon réveil me revient en mémoire comme pour me narguer.

« C’est mortel ça, n’est-ce pas ? »

Je me rends soudainement compte que c’est une question idiote. Je suis en vie, tout simplement. Mais ce maudit rêve. Impossible de me souvenir de ce que m’a dit cet étrange personnage, outre le fait que j’étais mort. C’est tout de même une sacrée coïncidence. Puis une question s’immisce dans mon esprit : Et si ce n’était pas un rêve ? Deuxième question idiote, comment cette scène pourrait ne pas en être un ? C’était beaucoup trop… Surréaliste.
Mes pensées sont soudainement coupées par le bruit strident qu’émet le bipper de Reo. Je sursaute en l’entendant, avant de prendre mon visage dans l’une de mes mains. Je marmonne quelques jurons à l’égard de ce bruit ingrat. Comment un tel son peut-il être autorisé dans un hôpital plein de personne fragile ? Reo, après l’avoir consulté, m’informe que j’ai enfin une chambre, ce que me fait seulement me rendre compte que j’étais en salle de réveil. Décidemment, mon cerveau tournait vraiment au ralenti. L’infirmier continue sur sa lancée, en m’indiquant que ce n’est pas une chambre individuelle mais que j’y serai pour le moment seul.

« Non. Comme ça, je pourrai dormir sans que quelqu’un essaye d’engager une conversation ennuyeuse et insipide. »

Je ne sais pas ce qui m’a rendu soudainement aussi acariâtre. Peut-être ce bruit de bipper digne de l’Enfer, la fatigue, ou ce maudit rêve qui trotte encore dans mon esprit. Dans tous les cas, ce n’est pas dans mes habitudes, et parler de la sorte à une personne s’étant montrée depuis mon réveil aussi compatissante me rend honteux.

« Désolé, c’est pas ce que je voulais dire… Juste… Je suis fatigué, c’est tout. »

Le lit s’engage enfin dans les couloirs de l’hôpital, jusqu’à arriver à un ascenseur assez large pour qu’il puisse y passer. Ce genre de voyage allongé pourrait être plaisant si seulement je n’avais pas le mal des transports. Ainsi, lorsque l’ascenseur se met en marche, l’impression que mon estomac se décroche se fait légèrement plus forte. Je retiens difficilement un haut-le-cœur en essayant de me calmer et de ne plus penser aux sensations désagréables qui dansent dans mon ventre. Je n’ai pas forcément envie d’imposer à Reo un patient qui, en plus d’être fatigué et grincheux, se met à vomir partout. La dernière fois que ce genre de chose m’est arrivée, c’était en voiture avec mes parents, lors d’un long trajet. Je m’étais allongé sur la plage arrière, pensant que j’y serais bien pour piquer un somme. Résultat, on a dû s’arrêter cinq minutes plus tard pour que je puisse rejeter mon petit-déjeuner et une bonne partie de mon repas de la veille. Je devais avoir huit ans. Encore un souvenir bien glorieux.

« Je n'aime pas cette unité. »

Je vois Reo pointer le chiffre quatre sur les boutons de l’ascenseur. Reo a des origines japonaises, et j’avais toujours entendu dire que le chiffre quatre était là-bas synonyme de malchance. Mais je ne pensais pas que des personnes aussi jeunes que lui étaient encore attachés à ce genre de superstitions. Moi-même, je n’ai rien contre le chiffre treize. Tout comme mes parents, d’ailleurs. Ils ne m’ont pas jeté par la fenêtre à ma naissance parce que je suis né le treizième jour du mois de Juin.

« Au Japon, ça se prononce comme mort. Et le chiffre neuf, comme souffrir. Tu n'as pas de chance, ta chambre est la 49. »

Au moins, cette superstition s’explique. En tout cas, ils ont des chiffres sympas au Japon. Mort, Souffrir. J’attends la suite.

« Ce doit être une langue difficile, le japonais, non ? »

Quelle stupidité de poser cette question à Reo, pour qui le japonais doit être sa langue maternelle. Je préfère me concentrer sur sa propre question plutôt que de me remémorer la mienne. Des superstitions dans le même genre en Amérique ? J’en vois une particulièrement adapté à la situation, effectivement.

« On n’a pas de treizième étage, en Amérique. Enfin, si, mais c’est le quatorzième. Enfin, non, c’est bien le treizième, mais il est noté quatorze. Ou douze bis. Ou M. On n’aime pas trop le chiffre treize aux Etats-Unis. »

Comment j’ai fait pour m’embrouiller dans une idée aussi simple ? Il n’y a pas de bouton « treize » dans les ascenseurs aux Etats-Unis, tout simplement. Il est remplacé par « quatorze », ou « douze a/bis », ou bien encore par la lettre M, treizième lettre de l’alphabet latin. Mon esprit est décidemment encore bien embrouillé, trop plein d’informations. Mon réveil à l’hôpital, ce rêve étrange, une rupture d’anévrisme, une opération lourde.
Nous arrivons enfin dans la chambre qui m’a été attribuée. C’est une chambre double, comme Reo me l’avais effectivement indiqué. Il me place au plus proche de la fenêtre, avec vue sur le parc intérieur de l’hôpital. Combien de temps vais-je devoir rester allongé ici, à ne rien faire si ce n’est me rétablir ? Mais je préfère ne pas savoir. Autant continuer sur cette histoire de chiffre.

« Mais bon, je n’y crois pas trop, à ces histoires de chiffre treize maléfique. Par contre, ce n’est pas le cas d’une bonne grosse partie de la population. Je suppose que c’est le cas aussi au Japon, non ? »

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Reo Euston
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Jeu 14 Sep - 19:38

Tout en menant précautionneusement le brancard à travers l'ouverture de l'ascenseur, Reo songea à la remarque de son patient quelques instants avant que son bippeur ne vienne écourter leur conversation. En effet, une opération de cette envergure à cœur ouvert représente un risque particulièrement drastique. Quitte ou double. Et Louis s'en était tiré avec brio. L'intervention s'était déroulée normalement. Il n'y avait rien à ajouter. Son rôle était désormais de lui apporter sécurité et confort. Pendant qu'il cheminait en direction de son itinéraire, il expliqua joyeusement :

- C'est vrai que quand on n'est pas natif, le Japonais peut paraître abstrus à comprendre parce qu'on n'utilise pas les mêmes mots pour dire la même chose. Selon l'intensité de ce que tu veux dire, tu dois employer telle ou telle phrase. Sans oublier les formalités qui sont très nombreuses et variées.

Plus Reo s'étalait sur le sujet, plus ses fossettes s'élargissaient. Il aimait autant ses origines que d'apprendre les subtilités de sa culture à ses pairs. Il aurait pu toutes les énumérées, passant du suffixe du nom de famille à l'art de manger avec des baguettes, sans oublier la croyance du folklore. Cependant, l'infirmier ne souhaitait pas fatiguer davantage son patient avec toute la complexité de son langage.

Tandis que le Haut-perché escorta Louis dans sa demeure provisoire, le jeune homme auburn lui appris, qu'aux Etats-Unis, le chiffre treize était synonyme de malchance. S'il était curieux d'en connaître la raison et le fondement basé sur des croyances ou des religions, afin de satisfaire son appétit vorace de connaissances, son interlocuteur se contenta simplement de relater la façon dont le peuple Américain contournait l'objet de leur angoisse en donnant à des bâtiments une syllabe prononcée "bi-ss". Un système intelligent et astucieux qui évitait de faire un gros trou dans la numérologie. Les Etats-Unis méritaient vraiment leur titre de première puissance mondiale.

Bientôt, la chambre numéro 49 se dressa devant eux. Elle avait une atmosphère sinistre et pernicieuse, semblable à un fluide de karma enveloppant son corps pour en déchirer chaque lambeau de chair. Grignotant le côté latéral son index, Reo s'évita d'informer que le nombre quarante-neuf se prononce shiku qui signifie "écraser". Ses peurs transmisses par les convictions d'une chaîne de génération s'avéraient ne pas être une vérité universelle. La preuve en ai que les perceptions évoluaient d'un individu à l'autre.

Déverrouillant la serrure avec un passe mécanique, qu'il glissa dans une fente en forme d'étoile à quatre branches, il poussa docilement le lit et braqua d'une main experte jusqu'à un coin privilégié, côté fenêtre. L'étage donnait vue sur un parc public dont la cime de grands sycomores valsaient au rythme d'un somptueux zéphyr estival. Dans la pièce, l'allure des couvertures tirées à la perfection lui redonna le sourire. D'aromatiques touches de lavande donnaient une fraîcheur d'extérieur à l'intérieur et le carré de toilette était si propre que les valves brillaient à en rendre folle une pie. Très vite, Louis commençait à se relâcher et poursuit la conversation. Même si elle était "insipide et sans intérêt", elle avait eu le mérite de ne pas l'inquiéter. Une main encadrant son coude, le Haut-perché pépia joyeusement :

- Tu as raison de ne pas te prendre la tête avec ce genre d'histoire. Oh, au Japon ? C'est plutôt le contraire, la plupart des gens sont très superstitieux, on croit aux nombres chanceux et à la comptabilité astrologique. Des circonstances auxquelles je crois moins. Puisque rien ne dégage une énergie négative. Enfin, je veux dire, c'est stupide de croire, de rejeter quelqu'un sous prétexte que "Les Balances et les Gémeaux ne sont pas faits pour s'entendre, désolé" et encore ce n'est pas tout. Il y a aussi l'agencement des pièces et l'orientation de la maison qui détermine certaines énergies et là je ne plaisante pas, mais il y a des Japonais qui croient en la convenance du groupe sanguin.

Bavard oiseau qu'il était. Il ne manquait pas de s'étaler sur le sujet. Échanger avec ses petits patients dans le but d'avoir une conversation stimulante ou non, afin de leur remonter le moral était son action favorite dans son métier. Joueur, Reo fit papillonner sa main en direction des cheveux de Louis et feint un gémissement :

- Et toi mon chou, quel est ton signe astrologique ? Si ça se trouve, on ne s'entend pas en fait.

Arborant un angélique visage espiègle, l'élégant garçon desserra son étreinte pour venir dérouler les stores de moitié et ouvrir la fenêtre, soudain pris par des bouffées de chaleurs. Les rayons du soleil belliqueux qui réverbéraient contre la vitre de verre fonctionnait mieux qu'un radiateur à pleine puissance.

- Si tu veux que je ferme la fenêtre, n'hésite pas à me le dire. Je pensais que tu auras chaud alors j'ai ouvert, ne te retiens pas si ça te gêne.

Répéta t-il dans une forme de pléonasme, tout en se posant doucement près de lui. Du regard, Reo visionna le vrai lit dans lequel Louis était censé débuter son séjour. Le brancard occupé par le garçon n'était qu'un simple moyen de transport confortablement équipé.

- Louis, chouchou, je m'excuse de devoir encore t'ennuyer, cela dit, il te sera plus confortable d'aller sur un vrai matelas. Je vais venir te transvaser ici d'accord ? Si pendant que je te porte, ton torse ne le tolère pas, dis-le-moi.

Scrupuleusement, l'infirmier desserra toutes les lanières qui maintenaient Louis dans une position de sécurité, puis, se baissa, les genoux à demi-fléchit pour pouvoir transporter du poids sans que sa colonne vertébrale ne se rompt. Offrant son cou pour que le jeune homme puisse y prendre appuie, il déplaça une main sous son dos, au niveau de ses vertèbres lombaires tandis que sa jumelle glissa sous ses rotules. D'une manière avenante, l'infirmier décompta d'un rythme régulier et souleva.

Son allure d'homme fragile était vraisemblablement qu'une enveloppe corporelle lorsqu'un autre était témoin de sa véritable force.

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Né le 23 septembre 1996 ▲ Étudiant en littérature classique ▲ Infirmier à mi-temps ▲ Incarne le Yaksha



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